[Fan-fiction VDF] Du simple au Double

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[Fan-fiction VDF] Du simple au Double

Message par DaraDjinn le Dim 25 Nov 2018 - 11:17

Voici une fanfiction rédigée à l'occasion du NaNoWriMo 2018 (ne vous inquiétez pas, elle fait moins de 50.000 mots)
Elle a lieu après la série et après la Meute, mais ne contient aucun spoiler pour le roman. Vous pouvez donc la lire sans avoir lu la Meute, sachez juste que 2-3 lieux et personnages y seront cités.
C'est ma toute première fanfiction, mais pas mon premier projet d'écriture Smile J'espère vraiment qu'elle vous plaira !


Sommaire:

La science des voyages dans le temps est loin d'être claire et son fonctionnement change parfois au gré des besoins scénaristiques. Pour le Visiteur, c'est un problème sans solution qu'il faut mettre de coté pour continuer d'avancer dans sa quête. Mais pour ses compagnons, c'est une source d'inquiétude de plus en plus dérangeante, surtout que depuis peu, arrêter les catastrophes semble avoir de moins en moins d'impact sur 2550.
Et si le Visiteur devenait son Double à cause d'un manque de précaution ? Qu'adviendra-t-il quand ils causeront inévitablement leur effacement de la réalité ? Et c'est qui ce nouveau gars qui vient de 2900 et des poussières ?


Prologue:

Les cellules de la police du temps étaient blanches et silencieuses. L’air y était sec, la ventilation ni trop chaude ni trop froide et on y mangeait deux repas par jour. Par rapport aux conditions de vies de 2550, on y vivait dans le grand luxe.
Dans ces geôles toujours baignées d’une pâle lueur grise, une durée indéterminée s’écoulait entre quatre murs. On subissait aussi un interrogatoire, des gens en costume venaient vous faire les gros yeux et parfois on avait la chance de repartir comme on était venu. Avec une cagoule sur la tête et des menottes aux poignets. Ça, c’est quand on était chanceux.
Renard tournait en rond dans sa cellule. Les policiers lui étaient tombés dessus à au moins quinze contre un ! Par surprise ! Et avec des tasers !
Et maintenant, il n’entrevoyait aucune chance de se tirer de ce fichu guêpier.
À part peut-être Henry, personne ne savait qu’il était là, personne ne viendrait le chercher. Lui qui se targuait d’avoir toujours un plan, toujours une dernière pirouette pour se tirer des pires situations… il se retrouvait dans un cul de sac.
Il en était à sa troisième inspection du cadre de la porte quand il entendit du bruit dans le couloir. Des cris et des détonations diverses approchaient à vitesse croissante. Renard plaqua son oreille sur la porte et attendit.
Il y eu des claquements de bottes qui résonnèrent sur le sol à l’extérieur. Quelques hurlements paniqués. Une ou deux détonations supplémentaires et enfin une alarme lointaine commença à striduler.
Le chambranle vibra et le Visiteur s’en écarta vivement en brandissant les poings dans une posture qui se voulait déterminée et assurée. Son inquiétude transparaissait juste assez sur ses traits pour lui donner un air d’avantage constipé que brave.
La porte s’ouvrit alors sur… lui-même.
Il avait presque cru à un miroir mais la police temporelle ne l’avait pas à ce point malmené pour que son reflet ait une telle gueule.
L’autre type en face avait son visage, les mêmes vêtements, mais tout le côté droit de son corps, du haut du visage jusqu’au bout des doigts était couvert de brulures. Dans ses mains reposait un fusil à pompe encore fumant, et il avait au coin de la bouche un cylindre bruni qu’on pouvait qualifier de mégot en poussant un peu le cadre de la définition.

– Reste pas planté là ! cracha son Double d’une voix rauque. Faut encore qu’on s’échappe d’ici, aller bouge !

Il fit demi-tour et partit à grand pas dans le couloir, sans se préoccuper de savoir si Renard le suivait. De toute façon, c’était ça ou rester moisir en cellule. Le couloir portait quelques éclaboussures rouges sur les murs et deux corps anonymes, eux aussi en costumes noirs gisaient dans des flaques de sang. L’alarme rugissait toujours.

– Ok, c’est super cool de me libérer, j’apprécie vraiment, dit Renard en rattrapant son Double. Juste une chose : t’es qui au juste, pourquoi t’as ma tête ? Et on va où ?

L’autre émis un son de gorge guttural et se gratta pensivement le nez.

– On va là où il n’y a pas de bloqueur de transport temporel. Pour se tirer d’ici. Et euh… j’suis comme qui dirait toi, mais pas vraiment. Peut-être dans le futur. Une histoire de paradoxe ou j’sais plus trop quoi. Un truc chiant.

– Bon à savoir. Et sinon, il est arrivé quoi à ta tronche ?

– J’sais plus.

La réponse avait fusé, rapide et sans appel. Renard savait reconnaitre un mensonge quand il en entendait. Surtout les siens, même si ce type n’était apparemment pas réellement lui.

– Au fait, continua le Double. Tu me revaudras ça, hein. Je sauve pas ton cul gratuitement.

– Ah… euh d’accord ?

Ils passèrent une porte à double battant et se retrouvèrent dans un couloir en tout point similaire au précédent, face à une intersection en croix. Taches de sang et cadavres en moins. Le Double s’immobilisa, observa les successions de portes et soupira.

– Merde, je crois que j’suis paumé.

Il jeta un nouveau coup d’œil à la ronde, leva le nez au plafond et se gratta la tête.

– Euh… Extraction ? brailla-t-il.

Seule l’alarme lui répondit. Le Double jeta un coup d’œil à son Tempusfugitron. C’était un modèle différent de celui de Renard, plus gros, avec des petites diodes sur les côtés. Il tapa une commande et l’engin répondit un avec un bip sonore.
Le Double haussa les épaules, attrapa le bras de Renard et lui adressa un sourire qui comprenait visiblement beaucoup d’efforts, mais peu de joie de vivre.

– Ah c’est vrai, j’oublie tout le temps, dit-il sur le ton de l’excuse.

Et sur ces paroles mystérieuses, les deux hommes s’évaporèrent à travers le temps.

~

Ailleurs, une autre petite salle carrée, faite de trois murs blancs, d’un plafond et d’un sol uniformément blanc, une silhouette blanche et argentée aux allures de cosmonautes regardait un écran massif qui s’étendait sur toute la surface du quatrième mur.
Sur cet écran, les formes de Renard et de son double disparaissaient des couloirs de la police du temps pour réapparaitre dans les souterrains poisseux de 2550.
La silhouette soupira dans son casque. Une fois de plus, ç’allait pas être de la tarte.

Chapitre 1:

Année 2046, dans les rues de Paris du seizième arrondissement, Albin Menier essayait de se débarrasser d’un démarcheur de rue insistant. Le jeune homme à l’expression capillaire douteuse, brandissait une feuille et un stylo et ne cessait de faire des pas de côté pour lui bloquer la route.

– Monsieur, juste un moment s’il vous plait.

– Qu’est-ce que tu comprends pas dans « casse toi » ?

Quelqu’un le bouscula et une sensation de manque se mua rapidement en peur glacée. Albin palpa ses poches, on venait de lui voler son portefeuille. Il se retourna juste à temps pour voir apercevoir un clochard qui lui faisait un doigt d’honneur disparaitre à travers la foule.
Un bruit étrange résonna du côté du démarcheur et quand Albin se retourna à nouveau, le jeune homme avait disparu.

~

En 2550, le Visiteur lâcha fièrement le fruit de son larcin sur la table au centre du nouveau laboratoire Castafolte.

– Une bonne chose de faite ! clama-t-il. Albin Menier ne peut pas récupérer son colis sans sa carte d’identité et son avis de passage. Il ne provoque pas un court-circuit dans son immeuble en branchant son grille-pain défectueux et trois cents ans plus tard, un missile expérimental n’explose pas dans la méditerranée. Je n’en reviens pas qu’il ait fallu quatre mois de préparation pour ça.

Henry s’était levé de son fauteuil dès qu’il avait entendu son ami revenir de mission. Raph pointa son nez par-dessus l’épaule du Visiteur.

– Vous lui avez vraiment tiré son larfeuille ! C’est pas un peu batard ça quand même ?

– Raph, pour rappel, on parle toujours de sauver le monde, là. C’est un moindre mal, non ?

– Ouais c’est vrai, et puis ça avait l’air d’être un connard.

Raph s’empara du portefeuille d’un geste qu’il espérait discret et désintéressé, il en inventoria le contenu.

– Je tiens à souligner, intervint Henry. Que ça n’en est pas moins du vol. L’importance de notre mission surclasse effectivement ce genre de petits désagréments qui se règlent en quelques semaines. Néanmoins, j’ose espérer qu’aucun d’entre nous ne perd de vue notre objectif : la construction d’un monde de tolérance et de raison, où l’humanité saura dépasser son égoïsme inné pour vivre pleinement et atteindre un jour les étoiles.

Un silence aussi respectueux qu’ennuyé accueillit la déclaration de Henry. Raph reposa lentement le portefeuille. Le jeune homme et le Visiteur échangèrent un regard lourd de sens. Finalement ce dernier rompit le charme en s’ébrouant.

– Je vais voir l’effet à la surface ! C’est du gros volume cette fois ci.

– Ouais, moi aussi, renchérit Raph, pas peu fier du double-sens qu’il venait de faire.

Henry jeta un coup d’œil satisfait à un tableau d’ardoise qui occupait une grande partie de son nouveau labo. Il était couvert de calculs complexes où on lisait davantage de symboles grecs que de chiffres. C’était à causes de ces calculs que cette mission avait été si longue, il avait insisté pour prendre un maximum de précautions.
Heureusement, le jeu en valait la chandelle.

Quelques volées d’escaliers plus tard, Henry rejoignit Raph à la surface. L’air était frais, le ciel bleu pâle et un soleil voilé brillait au-dessus des ruines de l’ancienne mégalopole. Quelques touffes de végétaux perçaient entre des failles dans le béton et grimpaient le long des façades. Au bout de la rue, un petit groupe de zombies stationnaires s’occupait en gémissant et trainant des pieds. Rien n’avait changé.
Henry s’apprêtait à demander où le Visiteur était parti quand il réapparut à coté de ses deux compagnons et les prit par les épaules. Il soupira bruyamment, un sourire crispé était figé sur son visage.

– La mission est un succès, pas de missile en 2340, annonça-il d’une voix qui virait dangereusement dans les aigus. Je suis sûr que l’effet est plus visible ailleurs, C’est qu’une question de… de géographie. On a fait du bon boulot les gars.

Le silence qui accueillit sa déclaration s’éternisa quelques secondes de trop. Juste assez pour que la scène passe à travers les échelons du malaise pour se nicher sur le promontoire du pathétique.

– Ouais, du bon boulot, répéta-t-il.

– C’est pas normal, admit finalement Henry.

– Bien sûr que c’est pas normal ! explosa le Visiteur. Une bombe qui tombe en pleine méditerranée et la transforme en plus grande bouillabaisse au monde, puis provoque un tsunami monumental sur toute les cotes et une crise migratoire et écologique sans précédent ! Tu vas me dire qu’une fois annulé ça ne se voit pas en 2550 ?

– Il y a forcément une explication rationnelle. Je suis certain de pouvoir calculer…

Renard poussa un râle de frustration, lâcha ses deux compagnons et leva les bras au ciel avant de les laisser retomber lourdement.

– Henry, sans vouloir t’offenser, est-ce que tes quatre mois de calculs avaient prédit qu’il ne se passerait absolument rien ?

– Non, mais…

– Non. Juste « Non ». Des semaines perdues à écrire des équations pour une mission qui se serai déroulée de la même manière. C’est du temps perdu.

– C’est une question de prudence !

La voix du docteur avait retenti assez fort pour attirer l’attention du petit groupe de zombie au bout de la rue. Il reprit alors plus calmement :

– Et avant tout, c’est une question de résilience temporelle. Nous sommes en 2550 et toute altération de l’Histoire semble s’estomper le temps d’arriver jusqu’à notre époque. Notre présent se modifie désormais par paliers, quelques missions de plus et je peux t’assurer qu’on verra un véritable changement.

– Quelques mois de calculs de plus aussi, grommela le Visiteur en fourrant ses mains sans ses poches.

– Mais les calculs, c’est aussi un peu à cause de cette histoire de double du futur, non ? intervint Raph avant que Henry ne puisse répondre.

Renard ouvrit la bouche et la referma sans émettre un son tandis que Henry détournait le regard. Raph sentit qu’une fois de plus, il avait probablement dit la mauvaise chose au mauvais moment.

– Je veux dire, hasarda-t-il. Le destin et la résilience temporelle, c’est des théories établies alors que…

Il croisa le regard du Visiteur et laissa sa phrase en suspens. C’était pourtant un sujet de préoccupation assez grave au sein de leur équipe. Personne ne voulait que du jour au lendemain, Renard se retrouve à moitié carbonisé et complètement con. De plus, depuis qu’une mission avait failli mal tourner en pleine descente de la brigade temporelle, le Visiteur subissait fréquemment les remontrances d’Henry au sujet de la prudence.

– Non, ne t’en fais pas Raph…, sourit Renard. Bon, je vais te ramener chez toi.

– Pas de mission de reconnaissance tout seul, rappela Henry qui brandit un doigt menaçant.

Raph hésita. Malgré les tensions qui planaient dans le groupe, il serait bien resté quelques jours de plus dans le futur. Il était parti en mission dimanche soir, et il n’était pas pressé d’être à nouveau lundi et de retourner au travail.
Il essaya de protester mais le Visiteur ne lui laissa pas le choix. Il l’empoigna et activa sa machine, non sans un dernier regard de défi à l’attention de Henry.


À peine étaient-ils arrivés chez Raph que le Visiteur se précipita dans les toilettes.

– Utilisez pas tout le PQ, hein !

Sa remarque n’obtint pas de réponse. Raph se laissa tomber mollement dans son canapé. Il faisait déjà nuit dehors, à tous les coups il avait perdu une ou deux précieuses heures de son dimanche entre son départ et son retour de mission.
Un bruit de chasse d’eau retentit après quelques minutes et le Visiteur revint dans la pièce, animé d’une détermination nouvelle.

– Allez Raph, tout n’est pas perdu. La prochaine cible vit en 2054. Ses articles de blogs vont indirectement provoquer la mise en place de nouvelles taxes qui vont fragiliser le secteur du nucléaire et aboutir à une énième explosion de centrale avec tout ce que ça implique. Si on part maintenant, on peut identifier l’auteur et lui faire le coup du vomi dans la bouche en quelques jours.

– Non…

– Comment ça, non ?

– Vous allez encore fâcher Henry si vous partez sans lui.

Le Visiteur buta sur les mots, la trahison de Raph prenant le parti du docteur lui était particulièrement difficile à accepter. Un soupçon de culpabilité commençait à poindre le bout de son nez sur la figure de Renard.

– Il s’inquiète pour vous, vous savez ? ajouta le jeune homme.

– C’est très gentil, mais je sais ce que je fais. Même que je voyageais tout seul dans le temps avant de rencontrer Henry. Ce n’est pas maintenant que je vais trébucher et m’aplatir la moitié de la face sur un grill.

Renard tourna le dos à Raph et regarda son Tempusfugitron d’un air coupable. Ces histoires de destin, de résilience temporelle et de double du futur commençaient à ronger l’extérieur de sa carapace d’assurance.
Sauver le monde devenait de plus en plus compliqué. En plus, ils marchaient constamment sur des œufs, de crainte que leur propre histoire ne soit un jour modifiée par une de leurs interventions. Le Visiteur se retourna brusquement vers Raph.

– Tant pis, j’y vais tout seul.

– Bah, allez-y, soupira Raph.

– Je vais appuyer sur le bouton !

– Je ne vous retiens pas !

– Je ne rigole pas, je vais vraiment…

Un flash de lumière éclaira subitement la pièce et les contours d’une silhouette humaines s’y découpèrent. D’abord en plusieurs exemplaires partiellement superposés, les figures se regroupèrent au milieu pour dessiner avec de plus en plus de détail la forme d’un homme dans une combinaison blanche et argentée coiffé d’un casque avec une large visière réfléchissante. Il y eut un bruit, comme ZIOUF, et subitement, il fut bien là au milieu du salon.
Ses bottes à bout ferrés claquèrent sur le sol quand il tituba vers le Visiteur et tendit les ses mains gantées vers lui. D’une voix métallisée, altérée par la combinaison qu’il portait, il cria :

– Non ! Surtout ne voyage pas dans le temps ! Sinon, voilà ce qui va se passer…

J'ai mis en page..... comme j'ai pu. J'avais peur que sans espaces ça fasse trop dense, dites moi si ça convient ^^

La fanfiction sera également postée sur A3O à cette adresse:
https://archiveofourown.org/works/16736968/chapters/39260422
N'hésitez pas a me dire ce que vous en pensez pour le moment ! La suite très bientôt !
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Re: [Fan-fiction VDF] Du simple au Double

Message par Nigami le Dim 25 Nov 2018 - 20:40

Une fanfiction !!! Une fanfiction sur le Double !!! Une fanfiction en plusieurs parties sur le Double !!!!!! YATAAAAAAAA !!!!!
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Re: [Fan-fiction VDF] Du simple au Double

Message par DaraDjinn le Lun 26 Nov 2018 - 14:48

AAAAAAAH :crazy: mon tout premier commentaire ! Merci Nigami :love:
C'est génial de voir que ma fanfic enthousiasme quelqu'un !! Very Happy
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Re: [Fan-fiction VDF] Du simple au Double

Message par DaraDjinn le Mar 27 Nov 2018 - 17:30

Voilà le chapitre 2, avec l'introduction d'un nouveau personnage !

Chapitre 2:

Un silence de mort s’était abattu dans la pièce. Raph et le Visiteur considéraient l’apparition avec des yeux écarquillés. Le jeune homme s’était également levé et peu subtilement glissé derrière Renard. Le nouveau venu appuyait ses mains sur ses genoux. Sa respiration haletante rappelait celle de Dark Vador.

– Tu vas… le futur, euh… Comment dire… Faex ! J’avais préparé un discours et tout… Euh, je viens du futur et tu… vous risquez de tout empirer. Et… et c’est pas bien.

L’inconnu soupira, posa ses mains sur ses hanches et hocha la tête dans leur direction. Visiblement, il avait terminé. On avait fait mieux en matière de speech pseudo-divinatoire.
Le Visiteur joignit les mains devant son visage en prenant un air de réflexion intense. Puis il lâcha sur un ton moqueur :

– Tu es sûr d’avoir la bonne personne là ? Parce que moi en général je sauve le monde, je ne le condamne pas. Et au passage, de quand tu viens et qu’est-ce que tu essayes d’empêcher exactement ?

– Ouais, et c’est quoi votre nom ? ajouta Raph.

Renard plissa les yeux et tourna lentement la tête vers le jeune homme, toujours dans son dos. Raph refusait encore occasionnellement de l’appeler par son prénom, prétextant qu’il était ridicule. C’était forcément lié à sa question.
L’inconnu sembla hésiter. Puis sans se départir de sa pose héroïque, il répondit :

– Je… je m’appelle Argent. Et oui, je suis certain d’être face à la bonne personne. Voyez-vous, je viens de l’an 2986 et mon présent tel qu’il est maintenant a été façonné par vos interventions dans le passé. Mais d’après nos spécialistes, si vous continuez vos missions, il y a un risque non négligeable pour que l’état de mon présent, s’en retrouve grandement empiré.

Voilà qui soulevait beaucoup de questions. Des interrogations très sérieuses sur la nature du temps émergeaient dans leurs esprits, qui risquaient de remettre en cause les fondements même de leur mission. Le Visiteur se tourna vers Raph et chuchota du bout des lèvres :

– Argent c’est quand même un blaze de merde.

– C’est plus stylé que Renard, répondit Raph, catégorique.

Vexé, le Visiteur fronça le nez. C’était un débat sans fin. Il se tourna à nouveau vers l’intru aux allures de cosmonaute.

– Donc, si je comprends bien, ma prochaine mission pour empêcher une catastrophe va en réalité causer de nouvelles catastrophes et rendre ton présent invivable, c’est ça ? Comment tu peux le savoir vu que j’ai encore rien fait ?

– Et c’est pourquoi la combinaison ? ajouta Raph.

– C’est tout à fait ça. Et la combinaison c’est pour minimiser le phénomène de Temporalis Duplicata. Une nouvelle norme d’hygiène et sécurité. Mais elle est plutôt cool donc je ne me plains pas. Elle est carrément pare-balle, ça en jette, non ?

Raph sourit, il s’apprêtait à répondre quand le Visiteur le coupa d’un geste de la main. Sa voix se fit subitement sérieuse et cassante.

– T’as pas répondu, dit-il. Comment tu peux être certain que mes interventions dans le temps vont provoquer de nouvelles catastrophes puisque ce n’est pas arrivé.

Argent haussa les épaules.

– Personnellement, je ne peux pas être sûr. Et ce dont je vous parle, je crois que c’est plus gros qu’une seule mission… D’après les historiens, on connait toutes les catastrophes que vous avez annulé et les prochaines ne sont pas sur la liste. Écoutez, mon présent, le présent de l’humanité en 2986 c’est la nouvelle renaissance. On s’est enfin débarrassé des zombies, on a déblayé les ruines, on redécouvre l’art et la philosophie…

– Montre nous alors, l’interrompit Renard en relevant le menton, un sourire provocateur sur les lèvres.

Argent manqua de s’étrangler, il se départit enfin de sa posture et agita les bras.

– C’est impossible ! Déjà il y a le Temporalis Duplicata, et puis ma hiérarchie est intransigeante là-dessus… Non vraiment, je ne peux pas faire ça. Mais vous comprenez, hein ?

Renard haussa un sourcil devant cette explication fumeuse, puis croisa les bras.

– Je crois que ce que je vois, conclut-il sardoniquement.

– C’est pas très juste, intervint Raph. Nous, on n’arrête pas d’intervenir dans la vie des gens pour sauver le monde, et des fois on aimerait bien qu’ils nous écoutent. Vous n’auriez même pas dû partir en mission tout de suite de toute manière.

Cerné, Renard regarda tour à tour Raph puis Argent. De mauvaise grâce, comme un enfant réprimandé, il gratta le parquet du bout de sa chaussure et marmonna :

– Ok, je vais y réfléchir.

Argent laissa échapper un long soupir de soulagement et donna l’impression de rétrécir de plusieurs centimètres.

– Merci beaucoup. Il faut que je retourne chez moi avant de me faire taper sur les doigts. Ce fut un honneur de vous rencontrer.

Joignant le geste à la parole il pressa quelques touches sur un large brassard électronique à son bras droit et disparu comme il était arrivé.

– Hé, mais ça veut dire que dans le futur on est connu, genre dans les livres d’histoire. C’est cool, non ? J’aurai bien aimé lui demander ce que c’était que le Temporalis Duplicata, ça avait l’air important. Je me demande si on le reverra, il était plutôt stylé, vous ne trouvez pas ?

Renard ne releva pas l’affront, les paroles de Raph étaient passé au second plan, loin derrière ses pensées. Il avait fait bonne figure devant l’autre copycat mais les implications du discours d’Argent lui retombaient maintenant sur les épaules. Quelque chose clochait chez ce type. Plus de mission ? Plus jamais ? C’était hors de question. Et cette fichue résilience temporelle par-dessus le marché…
Renard haussa les sourcils et se pianota vivement sur sa machine.

– Faut que je parle à Henry !

Si vous lisez, n'hésitez pas à poster un petit mot.
La suite vendredi :grin:
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Re: [Fan-fiction VDF] Du simple au Double

Message par DaraDjinn le Ven 30 Nov 2018 - 17:48

Salut la charmante compagnie ! Voici un nouveau chapitre, comme annoncé !

Chapitre 3:

Le nouveau laboratoire Castafolte donnait presque l’impression d’être grand, spacieux et bien éclairé. Du moins, on y circulait plus facilement qu’avant.
Les murs décrépits avaient été peint en bleu clair dans un vain effort de rendre le lieu plus accueillant. Hélas les champignons qui poussaient dans les souterrains devaient trouver le pigment à leur gout. Là où la peinture ne s’écaillait pas, elle était couverte de trainées noires et vertes.
Au plafond, les néons ne pendouillaient plus par leurs fils et ne clignotaient pas. Ils émettaient par contre un bourdonnement qui se mêlait à la perfection aux grondements lointain des zombies et aux vibrations des tuyaux.
Contre les murs, sous le tableau d’ardoise ou des posters et extraits de journaux variés, s’empilaient des tas de machines de récupérations dans divers états de marche.
De temps en temps, un petit aspirateur automatique traversait la pièce en vrombissant affectueusement et se cognait dans les murs avec un enthousiasme sans faille.
C’était un cadeau de Renard, c’était d’ailleurs la seule raison pour laquelle Henry gardait le petit appareil. Pas du tout parce qu’il le trouvait mignon.
Comme bien souvent seul dans son labo, Henry se félicitait d’avoir installé un de ses ateliers derrière un paravent. Il fallait dire qu’il y avait de quoi avoir honte.
La machine à voyager dans le temps de Van Der Castafolte trônait sur l’établi. Ses secrets restaient hors d’atteinte, son fonctionnement insaisissable, même pour un vrai scientifique comme Henry.
Objectivement, c’était une grosse bouse. L’engin ne permettait des déplacements que d’une seconde et sur un mètre. Il tenait plus du gadget que de la véritable machine à voyager dans le temps. Néanmoins, c’était la seule qui permettait de voyager à une date postérieure à sa création. Elle transportait son utilisateur d’une seconde dans le futur.
Évidemment, la possibilité d’un transport temporel à une date postérieure à la création de l’appareil était déjà une réalité. Cependant, le portail temporel qu’il avait développé lorsqu’il travaillait chez les Missionnaires s’était avéré instable et difficile à maitriser.
Depuis des semaines, Henry planchait sur l’appareil en craignant de le casser à tout instant. Il lui fallait tout réapprendre. Pour commencer, il l’avait équipé d’un nouveau processeur et de batteries derniers cri. Le rayon de téléportation s’était étendu à plusieurs kilomètres, mais le déplacement temporel plafonnait à une seconde et la charge transportée à une personne.
C’était à s’en faire des nœuds à la moustache.
Évidemment, faire appel à Van Der pour lui demander d’en expliquer le fonctionnement était inconcevable. Tout d’abord parce que Henry était trop digne pour s’y résoudre. Ensuite parce que Van Der ne savait pas vraiment comment il s’y était pris.
Le bruit caractéristique d’un déplacement temporel résonna dans le laboratoire. Henry rangea précipitamment la machine dans la poche de sa blouse et émergea de derrière le paravent avec une expression innocente.

– Henry, tu ne vas pas croire… euh, je te dérange ?

– Pas du tout.

Le poids de la machine de Van Der dans sa poche lui semblait avoir brusquement décuplé. Henry lissa méticuleusement un pli de sa blouse pour se donner un air décontracté.

– Je disais : tu ne vas pas croire ce qui m’est arrivé chez Raph.

Renard lui raconta. Effectivement, venant de toute autre personne, il aurait eu du mal à y croire. Une fois le résumé conclu, Henry hocha lentement la tête et articula en détachant chaque syllabe :

– Vous avez donc reçu un visiteur du f-

– Ne le dis pas.

Le menton dans la paume, Henry sentait qu’un détail de l’histoire lui échappait. Il se repassa mentalement les dernières minutes en tache de fond, à la recherche de ce qui le dérangeait.

– Déjà, il y a cette histoire de Temporalis Duplicata qui me chiffonne, dit-il. C’est une vieille théorie sans fondements. Elle se base sur l’idée que les voyages temporels apportent une forme d’énergie latente à la matière lorsque les atomes qui la compose existent en doublon à une même époque. Ce qui explique la combinaison étanche comme mesure de précaution. Sauf que cette énergie hypothétique est impossible à mesurer ou exploiter. La théorie n’a donc jamais été démontrée.

– Donc il nous bullshit ! claironna le Visiteur qui brandissait les poings en signe de victoire. Je le savais.

– Je n’ai pas dit ça, reprit Henry qui fronçait furieusement les sourcils. Juste qu’avec nos outils actuels, on est incapable de vérifier qu’il ne nous bullshit pas.

Renard balaya la remarque d’un revers de main. C’était du pareil au même. Cet Argent n’était pas net et il tenait là une première preuve qui appuyait ses certitudes.

– On est d’accord que d’après ces histoires de résilience temporelle, son excuse d’impact de nos missions sur 2986, quelques neuf cents ans plus tard, c’est aussi du grand n’importe quoi ?

– Ça dépend de l’ampleur de la modification.

– Mais non ! s’emporta Renard. En plus, si un mec vient de plus loin dans le futur pour nous dire qu'on risque d'anéantir son présent, ça veut dire qu'on va forcément pas le faire, sinon il n'existerait pas.

– Tu veux dire, un peu comme nous on va dans le passé dire à des gars de pas faire des trucs ? Parce que c'est juste une question de décalage du cadre de lecture. De ce fait, on peut encore parfaitement lui niquer son présent à lui. N’oublie pas qu’on a une responsabilité envers l’humanité !

– Mais... et le Destin, Henry ? La résilience temporelle dont tu me parlais. Si les choses reviennent quoi qu'il arrive vers le même état... ça veut bien dire que quoi qu'il arrive on ne peut physiquement et scientifiquement pas lui pourrir son présent.

– Certes, et prit à ce point au pied de la lettre, ça veut aussi dire qu'on ne peut physiquement et scientifiquement pas altérer le futur. Donc on ne peut pas modifier notre présent depuis le passé, or c'est ce qu'on a fait. Enfin, pour la dernière fois, la résilience temporelle, ça n’est pas le Destin.

Renard se laissa lourdement tomber sur une chaise et abattit les poings sur la table au centre de la pièce. Il aurait bien besoin d’un remontant, mais le nouveau laboratoire n’avait hélas pas encore reconstitué ses stocks d’alcool. Le Visiteur soupira :

– Les voyages dans le temps c’est vraiment casse couille des fois.

– Comment tu t’en es débarrassé du coup ? l’interrogea Henry qui se lissait la moustache.

– J’ai dit que j’y réfléchirai, techniquement j’ai pas menti. Si cet amateur croit qu’il va m’empêcher de continuer mes missions il se fourre le doigt dans l’œil.

Henry claqua des doigts. Le détail venait de se rappeler à lui. Il planta son regard droit dans celui du Visiteur et conclut d’un ton sombre :

– Tu t’apprêtais à partir en mission de reconnaissance.

Renard se tassa sur lui-même et leva de grands yeux humides vers son ami. Il fit la moue, produisant ainsi une expression coupable et malheureuse des plus convaincante, quoiqu’un peu crispée.

– C’était seulement…

– Je sais. C’est injuste de ma part de te demander de rester cloitrer ici. Mais, il faut qu’on puisse se faire confiance, alors… je te demande juste de faire attention, d’accord ?

Renard sourit. La compréhension de Henry lui faisait chaud au cœur, surtout après des mois de voyages secrets qui l’avait fait sentir comme un adolescent faisant le mur. Il se leva, serra son ami dans ses bras et lui tapa dans le dos.

– Merci, Henry. Je vais passer au premier pub, tu viens ?

Prise dans l’étreinte, la machine de Van Der se rappela à Henry.

– J’ai quelques bricoles à finir, je te rejoins plus tard.

Une fois de plus, si vous me lisez, un commentaire est toujours bienvenu :yes0:
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Re: [Fan-fiction VDF] Du simple au Double

Message par Nigami le Sam 1 Déc 2018 - 20:53

J'avoue que j'ai eu du mal à comprendre les théories temporelles de nos deux personnages, mais c'est probablement parce que je suis fatigué.e. En tous cas j'ai hâte de lire al suite et de voir où ça nous mène !
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Re: [Fan-fiction VDF] Du simple au Double

Message par DaraDjinn le Ven 7 Déc 2018 - 22:48

Merci pour ton retour Nigami ^^ et aussi de me sauver de l'embarras du quadruple post dans le silence froid de l'internet Laughing
Les histoires de théories temporelles sont volontairement un peu obscures mais il  ne faut pas t'en faire, les éléments importants sont réadressés plus tard et le reste sert d'avantage de cadre Smile

Sinon, voici un nouveau chapitre où il est surtout question de disputes !

Chapitre 4:

Renard émergea du premier pub après l’apocalypse assez rapidement, son ardoise avait atteint un seuil critique et il ne tenait pas à abuser de la générosité de Francis.
Il n’avait pas assez bu pour que le sol se mette à tanguer, mais son degré d’alcoolémie était juste assez élevé pour prendre une mauvaise décision avec cohérence et détermination. C’était probablement le meilleur état possible dans sa situation. Mais la probabilité était assez faible.

– J’vais lui montrer moi à c’batard, gronda-t-il pour lui-même.

Après quelques cliquètements compulsifs, il avait disparu.
Quelques mètres derrière l’espace que Renard avait occupé, Henry Castafolte haussa les bras pour les laisser lourdement retomber et fit la moue.


Il pleuvait sur Paris en 2222. L’eau s’abattit en rideau sur le Visiteur dès qu’il eut fini de se matérialiser. Il remonta le col de son manteau et se réfugia dans une ruelle. Les gratte-ciels gigantesques lui offrirent une protection correcte contre les éléments.
Quelques instants plus tard, un véhicule de patrouille automatisé traversa l’avenue qu’il avait quitté. Ses lumières rouges et bleus projetèrent des ombres dansantes sur les murs. Loin au-dessus de la rue, quelques voitures volantes filèrent en grondant.
Renard frissonna, quelque chose émis un râle depuis le fond de la ruelle. Les zombies n’étaient pas encore un problème à cette époque, mais les rues n’en étaient pas sûres pour autant.
Il commençait à douter de la qualité de son idée quand la lumière qu’il attendait éclaira la ruelle dans ses moindres détails.
Argent fit quelques pas hésitants dans la rue. Il ne remarqua le Visiteur qu’au dernier moment, quand ce dernier empoigna sa combinaison et avança son visage à quelques centimètres de sa visière.

– Comment tu savais que j’allais voyager dans le temps une fois de trop si c’est pas écrit dans vos putain d’archives ?

Il ne reçut pour toute réponse qu’un cri de surprise et de peur incohérent qui le poussa à secouer Argent d’avantage.

– Répond, espèce de… de sale OC mal branlé ! brailla le Visiteur. Comment tu savais ?

Argent ne répondit pas. Au lieu de ça, il devint subitement trouble, son corps sembla composé de neige télévisuelle. Puis il tituba en arrière, traversant les mains de Renard comme s’il était immatériel.

– Comment t’as fait ça ?

– Je ne suis pas tout à fait physiquement là, admit Argent, lui-même bouleversé. Je clignote très vite, je crois. C’est la combinaison qui fait ça. Qu’est-ce que vous faites à cette époque ?

– Il fallait que je te parle. Et c’est moi qui pose les questions ici, siffla Renard. Dis-moi comment tu savais.

Argent secoua la tête et croisa les bras.

– On a des écrans de retransmissions temporels. C’est des machines qui se basent sur la technologie de votre ami robot, d’ailleurs. Je vous y ai juste vu et j’ai comparé aux archives moi-même.

– Et vous pouvez regarder à travers toute la réalité comme ça ? s’étonna le Visiteur, un instant décontenancé.

– Non, ça ne fonctionne pas aussi bien et la portée est limitée. J’ai eu un coup de chance de vous y voir.

Renard reprit son rôle de mauvais flic comme s’il ne l’avait jamais quitté :

– Je ne te crois pas une seule seconde. Avoue, tu fais partie de la brigade temporelle !

Argent eu un mouvement d’humeur, la paranoïa excessive de Renard commençait à lui porter sur les nerfs. Il répondit plaintivement :

– Je travaille au Conservatoire de l’Histoire de l’Humanité. Je suis juste un gardien. Et si vous voulez tout savoir… j’ai volé cette combinaison dans un présentoir. Je n’étais même pas sûr qu’elle marchait.

– Alors c’est quoi le vrai problème, je vais t’effacer de la réalité, c’est ça ? Non parce que ça fait très saison 2 comme arc narratif, et…

– Non ! cria Argent. C’est vous !

– C’est moi quoi ? cria Renard comme si c’était un concours de décibels.

– C’est vous qui allez vous effacer !

Le Visiteur fut pris de court. Il interrompit sa prochaine tirade. À vrai dire, il ne trouva rien à répondre. Argent baissa la tête et reprit à voix basse :

– C’est ça que j’ai vu sur les écrans. Il y avait vous au milieu de plein d’images de la ville superposées, comme si plusieurs réalités se battaient pour avoir le dessus. Et il y avait moi… ou quelqu’un d’autre dans cette combinaison. Je suis juste gardien de musée, je comprends rien aux voyages dans le temps mais il fallait bien que je tente quelque chose. Je suis désolé.

Renard hocha lentement la tête et se passa une main dans les cheveux. Il regarda autour de lui, le triste spectacle de l’année 2222. L’humanité y dansait au bord du gouffre, inconsciente de vivre à quelques décennies de l’emballement de l’apocalypse.
Finalement, il se racla la gorge et demanda avec émotion :

– Et 2986… c’est bien ?

Dictatum erat, on l’appelle déjà la Nouvelle Renaissance. C’est vraiment mieux qu’ici en tout cas.

– Et… vous allez dans l’espace ?

Argent hésita, il dansa d’un pied sur l’autre.

– On a des satellites et il y a eu une nouvelle mission lunaire quand j’étais petit. Ça compte ?

– Oui. Bien. D’accord. Génial. C’est gentil d’être passé.

Le Visiteur se détourna d’Argent. Le temps n’était pas une matière figée et immuable. Ce n’était pas parce qu’un novice avait vu un paradoxe temporel en action sur un écran, que c’était vraiment ce qui allait se passer.
Cependant, il savait que sa propre histoire était intimement liée au 2550 tel qu’il y avait grandit. Les zombies, les rongeurs de tailles inhabituelles, les abris antiatomiques et les pluies acides. C’était autant de conséquences de l’apocalypse qu’il projetait d’annuler un jour.
Ses propres souvenirs étaient déjà corrodés sur les bords, superposant des images contraires. Dans sa mémoire, le ciel clignotait, tantôt noir et chargé de pluies acides, tantôt bleu-gris inoffensif. Il se souvenait n’avoir quasiment jamais vu la surface, s’être promené sans crainte dans les rues parsemées de déchets toxiques et aussi d’y avoir vu pousser des arbres.
Combien de modifications encore avant qu’il ne touche par mégarde à un évènement capital de sa propre vie ? Et qu’adviendrait-il ensuite ?
Les réponses, Henry pensait les dénicher à la fin de ses complexes équations. Il avançait qu’on ne disparaissait pas tout à fait quand on s’effaçait soi-même du temps. Au lieu de quoi, on était réécrit mais qu’on conservait probablement tous ses souvenirs superposés.
Ensuite, tout recommençait. Une boucle temporelle longue de toute une vie. Renard grimaça, il n’avait pas envie de lever le voile sur ces mystères.

– Tu m’excuseras Argent, faut que j’y aille.

Sans attendre de réponse, il repartit chez lui.



La porte du laboratoire grinça, Henry attendait de pied ferme, les bras croisés et tournant le dos à celle-ci.

– Le diner est froid, lâcha-t-il sarcastiquement.

Renard ne répondit pas, il s’approcha en trainant des pieds, mais Henry n’allait pas se laisser démonter si facilement.

– C’était bien au bar ?

– Euh ouais, répondit le Visiteur après un temps de latence suspect. Je t’y ai pas vu d’ailleurs !

Henry se retourna enfin. Sans se laisser amadouer par la mine piteuse et la dégaine de chien mouillé de son compagnon, il lui lança :

– Figure toi qu’au moment où je m’apprêtais à te rejoindre, je t’ai vu disparaitre avec ton Tempusfugitron.

Renard s’obstinait à ne pas le regarder dans les yeux. Sa réponse fut étrangement monocorde :

– Il fallait que je parle avec l’autre type du futur.

– Et de quoi vous avez parlé ?

– En fait, il voulait que j’arrête mes missions parce que je vais m’effacer de la réalité.

Le bourdonnement des néons se fit brusquement bien plus bruyant. Quelque part dans un coin, l’aspirateur de compagnie heurta un meuble et fit demi-tour.

– On savait que ça risquait d’arriver, reprit Renard, le regard dans le vague. Mais apparemment 2986 c’est vachement bien, donc j’imagine que ça va.

Renard mima sans conviction les plateaux d’une balance qui s’équilibre. Henry le contempla quelques secondes, bouche bée. Puis déglutit avec peine et prit une grande inspiration. En tant que robot, il n’en avait pas besoin, mais ça lui donnait du courage.

– Tu ne compte rien faire pour l’empêcher ?

– Je ne vais pas arrêter de sauver le monde, si c’est ce que tu entends par là.

– On n’est même pas certains des implications d’un paradoxe temporel d’une telle ampleur. Tu es vraiment prêt à risquer tout notre présent et toi-même là-dessus ?

Le visiteur se pinça l’arête du nez. Il fallait qu’il s’occupe les mains pour s’empêcher de trembler.

– S’il faut en arriver là, oui.

– Et si ça effaçait tout ce pour quoi on a travaillé ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup ?

– Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.

– On ne sait pas comment ça fonctionne ! rétorqua violemment Henry.

Le Visiteur pinça les lèvres et haussa les épaules. En matière de lois régissant les voyages temporels, rien ne semblait gravé dans le marbre.

– On pourrait… arrêter, souffla Henry avec émotion. Rediriger nos efforts vers notre présent. Je veux dire, maintenant que tout est moins irradié et qu’il ne pleut plus d’acide, ce n’est pas si mal. Il y a Néo-Versailles, et puis tu vas souvent au Terrier maintenant… Alors oui, ce n’est pas Trantor, mais… c’est chez nous.

– Tu sais bien que je ne peux pas faire ça, Henry.

Une pointe de frustration de mauvais augure perçait dans la voix du Visiteur. Henry écarta les bras, désignant le labo, mais d’une façon, le geste englobait bien plus que la pièce.

– Tout ça, c’est pas assez bien pour toi ?

Sa voix s’était brisée sur la fin de sa question, lorsqu’il s’était aperçu qu’il craignait la réponse. Le Visiteur serra les poings et cria sans doute plus fort qu’il ne l’aurait voulu :

– Non !

Un nouveau silence glissa dans la pièce. Plus intense et froid que le précédent. Osant enfin redresser les yeux vers son ami, le Visiteur ajouta :

– Si je peux empêcher ne serait-ce qu’une catastrophe de plus, sauver des milliers de vies supplémentaires. Alors je dois le faire. Henry, attends…

Il prononça ses derniers mots alors que son ami lui tournait le dos et se dirigeait vers le fond de son laboratoire. Le docteur se figea intégralement, adoptant une posture peu naturelle qui rappelait sa condition de machine.

– Je comprends, dit-il sans se retourner. Je n’approuve pas mais, je comprends.

Renard soupira. Il n’aimait pas l’idée qu’il venait d’avoir.

– Il y a peut-être une autre solution, avança-t-il presque à regret.
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